Recherche sur le cannabis
Le fruit du cannabis pourrait-il aider à ouvrir une nouvelle approche du SCI ?

La recherche sur le cannabis se concentre souvent sur des composés familiers tels que le THC et le CBD. Cependant, la plante de cannabis contient de nombreuses autres substances qui peuvent affecter le corps de manières très différentes. Une nouvelle étude1 portant sur une formule à base de plantes chinoises traditionnelles offre un exemple de tout ce qui reste à explorer.
Les chercheurs ont étudié la décoction Tiaoqi Daozhi, une formule à huit herbes utilisée pour traiter la constipation associée à ce que la médecine traditionnelle chinoise décrit comme une dépression du foie et un qi stagnant. L’un de ses ingrédients principaux est le fruit de Cannabis sativa, généralement associé aux graines de chanvre en médecine traditionnelle.
En utilisant des données d’expression génique humaine, l’apprentissage automatique, des simulations moléculaires et des expériences sur des rats, les chercheurs ont élaboré une explication possible de la façon dont la formule complète pourrait améliorer le syndrome de l’intestin irritable à prédominance constipation. Leurs résultats ont également identifié un composé dérivé du cannabis appelé hyndarin comme une partie potentiellement importante de ce processus.
Les résultats ne démontrent pas que le cannabis puisse traiter le syndrome de l’intestin irritable chez l’homme. Ils suggèrent toutefois une zone négligée de la science du cannabis: des composés non intoxicants provenant du fruit du cannabis qui pourraient influencer l’inflammation, la communication entre l’intestin et le système nerveux, ainsi que le déplacement de l’eau à travers les intestins.
Qu’est‑ce que le SCI à prédominance constipation ?
Le syndrome de l’intestin irritable est une affection chronique pouvant provoquer des douleurs abdominales et des modifications des habitudes intestinales. Certains patients présentent principalement de la diarrhée, tandis que d’autres alternent entre diarrhée et constipation. Les personnes atteintes de SCI à prédominance constipation, également appelé SCI‑C, ressentent généralement des selles dures, des selles peu fréquentes et des difficultés à les évacuer.
Le SCI‑C n’est pas simplement une question d’alimentation qui se déplace trop lentement. La maladie peut impliquer plusieurs systèmes qui se chevauchent, notamment le système immunitaire, les nerfs intestinaux, la muqueuse intestinale, le transport de l’eau, le stress émotionnel et les micro‑organismes vivant dans le tube digestif.
Cette complexité aide à expliquer pourquoi un traitement qui ne cible qu’un seul mécanisme biologique peut ne pas fonctionner pour chaque patient. Les chercheurs de la nouvelle étude ont voulu déterminer si une formule à base de plusieurs plantes pouvait influencer plusieurs processus interconnectés simultanément.
Où le cannabis entre-t-il en jeu dans l’étude ?
La décoction Tiaoqi Daozhi contient huit ingrédients à base de plantes. Il s’agit du rhizome de Cyperus, de la racine de Lindera, du fruit de Cannabis sativa, de la graine d’abricot amer, de la fleur de rose, du fruit de Trichosanthes, du rhizome de Curcuma et de la menthe.
Il est important de souligner que l’ingrédient de cannabis n’était pas une fleur riche en THC, un extrait ou un produit de cannabis médical conventionnel. Il s’agissait du fruit de cannabis utilisé comme une composante d’une formule traditionnelle plus vaste. L’étude a donc examiné un aspect très différent de la plante par rapport à la plupart des recherches modernes sur le cannabis.
Les chercheurs ont d’abord identifié 74 composés potentiellement actifs parmi les huit ingrédients. Ils ont ensuite utilisé des bases de données et des enregistrements d’expression génique intestinale humaine afin de rechercher des liens entre ces composés et les changements biologiques associés au SCI‑C.
Trois gènes sont apparus comme particulièrement importants: SELP, CETP et BTK. Les trois étaient plus actifs dans les échantillons de tissu intestinal provenant de personnes atteintes de SCI‑C que dans ceux de témoins sains. Les chercheurs ont proposé que ces gènes puissent contribuer à l’inflammation, à la perturbation de la signalisation nerveuse et à un transport d’eau anormal dans le côlon.
Un composé du cannabis devient un candidat principal
La découverte la plus directement liée au cannabis concernait l’hyndarine, que les chercheurs ont identifiée comme un composé actif majeur provenant du fruit de Cannabis sativa. Des simulations informatiques ont indiqué que l’hyndarine pouvait se lier à une protéine appelée tyrosine kinase de Bruton, ou BTK.
La BTK contribue à réguler l’activité des cellules immunitaires, y compris les mastocytes. Lorsque les mastocytes sont hyperactifs, ils peuvent libérer des substances inflammatoires ainsi qu’une enzyme appelée tryptase. Les chercheurs ont proposé que la tryptase puisse dégrader le peptide intestinal vasoactif, généralement abrégé en VIP.
Le VIP est une molécule de signalisation qui aide à réguler les muscles intestinaux, les nerfs et le transport de l’eau. Si une activité excessive des mastocytes réduit la quantité de VIP disponible, la communication au sein du système digestif peut devenir moins efficace.
La chaîne d’événements proposée est relativement simple:
- Une activité accrue de la BTK peut contribuer à une activation excessive des mastocytes.
- Les mastocytes activés peuvent libérer davantage de tryptase.
- La tryptase peut dégrader le VIP dans l’intestin.
- Une disponibilité réduite de VIP peut affaiblir les signaux contrôlant le mouvement intestinal et le transport de l’eau.
- L’hyndarine pourrait potentiellement interférer avec la BTK et aider à préserver ce système de signalisation.
Dans l’analyse de docking moléculaire, l’hyndarine a obtenu un score de liaison de -8,447 kilocalories par mole avec la BTK. C’était l’interaction la plus forte rapportée dans l’étude. Une simulation de dynamique moléculaire de 100 nanosecondes a également suggéré que le complexe hyndarine‑BTK restait structurellement stable.
Ces résultats font de l’hyndarine un candidat intéressant pour des recherches supplémentaires, mais ils ne prouvent pas qu’elle bloque la BTK chez un animal vivant ou un humain. Les simulations informatiques peuvent montrer qu’une interaction semble physiquement possible. Des expériences de laboratoire directes sont encore nécessaires pour confirmer que le composé se lie à la protéine et modifie son activité.
Comment la formule complète a-t-elle performé
Les chercheurs ont testé la décoction complète chez des rats présentant des symptômes conçus pour ressembler au SCI‑C. Comparés aux animaux non traités dans le modèle de maladie, les rats ayant reçu la formule ont montré des améliorations sur plusieurs mesures liées à la constipation.
| Preuve examinée | Principale constatation | Ce que cela peut signifier |
|---|---|---|
| Données génétiques intestinales humaines | CETP, SELP et BTK étaient élevés dans les échantillons de SCI‑C | Ces gènes peuvent aider à identifier les processus immunitaires et intestinaux perturbés |
| Modélisation moléculaire | L’hyndarine a présenté un score de liaison de -8,447 kcal/mol avec la BTK | Un composé du fruit de cannabis pourrait être capable d’interagir avec une protéine de signalisation immunitaire |
| Fonction intestinale du rat | La formule a augmenté le transit intestinal, la production de selles et la teneur en eau des fèces | Le traitement a amélioré plusieurs mesures liées à la constipation |
| Tissu colique du rat | Le VIP, la PKA activée et l’AQP3 ont augmenté après le traitement | La formule peut influencer la signalisation qui contrôle le mouvement et le transport de l’eau |
| Sensibilité viscérale | Aucune amélioration significative n’a été détectée | La formule n’a pas amélioré chaque caractéristique mesurée du SCI‑C |
Les changements sont généralement devenus plus prononcés à mesure que la dose du traitement augmentait. La formule a également accru l’activité de la voie VIP‑PKA‑AQP3 dans le tissu colique.
Cette voie peut être comprise comme une chaîne de communication. Le VIP délivre un signal. La PKA transmet ce signal à travers la cellule. L’AQP3 agit comme un canal qui aide à contrôler le déplacement de l’eau à travers la muqueuse intestinale. Des problèmes à n’importe quel maillon de cette chaîne pourraient contribuer à des selles sèches et à un ralentissement du transit intestinal.
L’insight majeur ne porte pas sur le THC ou le CBD
L’étude est remarquable car elle détourne l’attention des cannabinoïdes. L’hyndarine n’est pas présentée comme un composé intoxicant, et l’ingrédient étudié était le fruit du cannabis plutôt que la fleur riche en cannabinoïdes.
Cette distinction pourrait devenir de plus en plus importante à mesure que la recherche sur le cannabis mûrit. La plante possède une bibliothèque chimique bien plus vaste que les substances responsables de ses effets les plus connus. Les graines, les racines, les feuilles et d’autres tissus peuvent contenir des composés aux rôles biologiques complètement différents.
L’étude suggère également que certaines futures thérapies dérivées du cannabis pourraient ne pas agir via le système endocannabinoïde. L’hyndarine a été étudiée pour son éventuelle interaction avec la BTK, une protéine de signalisation immunitaire. Cela crée une voie de recherche très différente de l’étude de la façon dont le THC ou le CBD interagissent avec les récepteurs cannabinoïdes.
Une autre observation importante est que le cannabis peut parfois être le plus utile en tant que composant d’une formulation plus large. Les chercheurs n’ont pas proposé que le fruit du cannabis remplisse toutes les fonctions de la décoction. Différents ingrédients étaient associés à différentes cibles, ce qui pourrait permettre à la formule d’influencer plusieurs aspects de la biologie du SCI‑C simultanément.
Cette possibilité est scientifiquement intéressante, mais elle crée également un défi majeur. Lorsque huit herbes sont administrées ensemble, il devient difficile de déterminer la contribution de chaque ingrédient. Les bénéfices apparents pourraient provenir d’un seul composé, d’interactions entre plusieurs composés, ou de la formule dans son ensemble.
Pourquoi les résultats restent-ils préliminaires
Les preuves ne sont pas encore suffisamment solides pour soutenir l’utilisation du fruit du cannabis ou de l’hyndarine comme traitement du SCI‑C. La partie humaine de l’étude a consisté en l’analyse de jeux de données d’expression génique existants, et non en traitement de patients avec la formule. Les expériences de traitement réelles ont été menées sur des rats, avec cinq animaux par groupe pour les mesures fonctionnelles principales.
L’étude n’a pas non plus testé directement l’hyndarine purifiée chez les animaux. Les rats ont reçu la décoction complète à huit herbes. Cela signifie que les améliorations ne peuvent pas être attribuées spécifiquement à l’ingrédient de cannabis.
Les chercheurs n’ont pas confirmé que l’hyndarine se lie physiquement à la BTK dans les cellules ou supprime son activité. Ils n’ont pas non plus utilisé de modification génétique ou d’inhibiteur de BTK distinct pour prouver que les changements de cette protéine étaient à l’origine des améliorations observées.
Les études futures devront isoler le composé dérivé du cannabis, le tester de façon indépendante, confirmer ses cibles biologiques directes, établir une posologie sûre et déterminer si les résultats peuvent être reproduits chez l’homme. Des essais cliniques contrôlés seraient alors nécessaires avant que toute allégation thérapeutique puisse être justifiée.
Une nouvelle direction pour la recherche sur le cannabis
Cette étude ne confirme pas le cannabis comme traitement du SCI‑C. Sa contribution la plus précieuse consiste à identifier une direction de recherche possible qui dépasse le THC, le CBD et la fleur de cannabis.
L’hyndarine peut offrir aux scientifiques un point de départ pour étudier comment les composés du fruit du cannabis interagissent avec la signalisation immunitaire et la fonction intestinale. Même si le mécanisme complet proposé évolue avec des tests supplémentaires, ce travail souligne à quel point la chimie de la plante de cannabis reste encore mal comprise.
Pour les patients, les résultats doivent être considérés comme une piste scientifique précoce plutôt que comme des conseils médicaux pratiques. Pour les chercheurs en cannabis, ils offrent quelque chose de plus substantiel: un rappel que certaines des applications futures les plus intéressantes de la plante pourraient provenir de composés qui ont reçu très peu d’attention jusqu’à présent.
Références:
1. Huang, L., Xu, Y., Huang, Y., Yang, X., & Duan, M. (2026). Multi-omics and machine learning uncover anti-IBS-C mechanism of Tiaoqi Daozhi decoction via immune-neuro-epithelial remodeling and VIP-PKA-AQP3 axis activation. Journal of Radiation Research and Applied Sciences, 19, 102630. https://doi.org/10.1016/j.jrras.2026.102630












