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Le CBD pourrait-il aider à combattre l’athérosclérose ?

L’athérosclérose est souvent décrite comme un problème de cholestérol, mais la biologie à l’origine des artères obstruées est bien plus complexe. L’inflammation, le stress oxydatif, la dysfonction endothéliale, l’activité immunitaire et les changements du métabolisme lipidique peuvent tous contribuer à la formation et à la progression de la plaque artérielle.
Cette complexité pousse les chercheurs à explorer au‑delà des stratégies traditionnelles de réduction du cholestérol, et un composé qui attire l’attention est le cannabidiol, plus connu sous le nom de CBD. Une étude préclinique récemment publiée1 a soulevé une question intrigante: Le CBD pourrait-il influencer l’athérosclérose sans réellement abaisser le cholestérol ? La réponse des chercheurs est intéressante, mais elle ne constitue pas encore le feu vert pour l’utilisation du CBD afin de prévenir les maladies cardiaques, comme les chercheurs l’espéraient. Plongeons dans l’étude et examinons ce que cela signifie pour l’avenir du CBD de qualité pharmaceutique.
CBD et santé cardiovasculaire
CBD est un cannabinoïde non intoxicant que l’on trouve principalement dans le chanvre. Des recherches antérieures ont étudié ses effets potentiels sur l’inflammation et le stress oxydatif, deux processus également étroitement liés aux maladies cardiovasculaires.
Le stress oxydatif survient lorsque la production de molécules réactives dépasse la capacité du corps à les neutraliser. Dans les vaisseaux sanguins, un stress oxydatif excessif peut contribuer à la dysfonction endothéliale et aux signaux inflammatoires. Ces processus favorisent la création d’un environnement propice au développement des plaques athéroscléreuses.
L’étude, publiée dans le Journal of Lipid Research, a examiné si le CBD pouvait influencer le développement des plaques dans un modèle murin particulièrement prédisposé à l’athérosclérose. Cependant, la partie la plus intéressante de la recherche n’était pas simplement de savoir si le CBD affectait les plaques, mais qui semblait en bénéficier.
Ce que l’étude sur le CBD a révélé
Les chercheurs ont utilisé des souris mâles et femelles déficientes en apolipoprotéine E, ou ApoE−/−. Ces animaux ont été nourris avec un régime de type occidental pendant 12 semaines afin de favoriser l’athérosclérose. Les souris ont reçu soit du CBD sous forme de nanoémulsion, soit un véhicule de contrôle dans leur eau de boisson. L’exposition au CBD était d’environ 80 mg/kg par jour.
Il n’y avait que huit souris dans chaque groupe de traitement, ce qui fait de cette expérience préclinique une étude de petite taille plutôt qu’une preuve pouvant être directement transposée chez l’humain. Lors de l’examen des aortes, les chercheurs ont constaté une réduction significative de la surface des plaques chez les mâles traités au CBD. En revanche, les femelles ont présenté un tout autre résultat, le CBD n’ayant pas réduit de façon significative la formation de plaques chez elles. Cette différence sexuelle constitue l’une des découvertes les plus importantes, car elle suggère que les effets cardiovasculaires potentiels du CBD ne sont peut‑être pas universels.
Le CBD n’a pas abaissé le cholestérol
Peut‑être que la découverte la plus surprenante fut ce qui n’a pas changé. Le CBD n’a pas modifié de manière significative les mesures classiques des lipides sériques, y compris le cholestérol total, le cholestérol LDL, le cholestérol HDL ou les triglycérides. Le poids corporel est resté également inchangé.
Cela signifie que la réduction de plaque observée chez les mâles ne peut pas simplement s’expliquer par le fait que le CBD agit comme une thérapie conventionnelle de réduction du cholestérol. Au contraire, les chercheurs ont trouvé des preuves suggérant une autre possibilité: l’inflammation vasculaire et le stress oxydatif pourraient être plus déterminants pour les effets du CBD que la réduction traditionnelle du cholestérol.
Cette distinction est importante, car l’athérosclérose n’est pas causée uniquement par le cholestérol. Les particules LDL peuvent être modifiées ou oxydées, déclenchant des réponses inflammatoires au sein de la paroi artérielle. Les cellules endothéliales qui tapissent les vaisseaux sanguins peuvent également être activées dans des conditions de stress oxydatif, contribuant au développement des plaques. Les chercheurs ont donc étudié si le CBD pouvait influencer directement ces processus.
Le CBD pourrait affecter le stress oxydatif vasculaire
Les résultats moléculaires de l’étude ont fourni quelques indices. Chez les mâles, le CBD était associé à des modifications de protéines impliquées dans l’activité mitochondriale et le stress oxydatif. Plusieurs voies mitochondriales, dont la respiration aérobie et le transport des électrons respiratoires, ont été régulées à la baisse après le traitement au CBD.
Les chercheurs ont également testé le CBD sur des cellules endothéliales de l’artère coronaire humaine exposées à du LDL oxydé, un modèle de laboratoire conçu pour reproduire certaines des conditions inflammatoires et oxydatives impliquées dans l’athérosclérose précoce. Dans ces conditions, le CBD a réduit les marqueurs du stress oxydatif, diminué l’activation inflammatoire et abaissé l’expression de la molécule d’adhérence endothéliale ICAM.
Ensemble, ces résultats soutiennent un mécanisme vasculaire possible: plutôt que de simplement modifier la quantité de cholestérol circulant dans le sang, le CBD pourrait influencer la façon dont les cellules vasculaires réagissent au stress oxydatif et inflammatoire. Cependant, ce mécanisme reste une hypothèse qui nécessite beaucoup plus de recherches.
Pourquoi les résultats lipidiques sont importants
Les chercheurs ont également réalisé une analyse lipidomique détaillée, examinant des centaines de molécules lipidiques individuelles plutôt que de se fier uniquement aux mesures standard de cholestérol et de triglycérides. Ils ont constaté que le lipidome global n’était pas modifié de façon spectaculaire par le CBD. Cependant, les mâles ont présenté des changements dans des espèces lipidiques spécifiques, notamment les triglycérides à liaison éther. Ces molécules font partie d’un groupe plus large de lipides éther impliqués dans le métabolisme cellulaire et, potentiellement, la biologie redox.
Certaines espèces lipidiques à liaison éther étaient associées à une moindre charge de plaque chez les mâles et ont également augmenté après le traitement au CBD. Toutefois, les chercheurs ont été prudents et n’ont pas affirmé que ces lipides étaient à l’origine de la réduction de la plaque. Leur analyse n’a pas établi de voie de médiation causale. Les résultats doivent être considérés comme des indices pour de futures recherches, et non comme la preuve d’un mécanisme.
Pourquoi les résultats diffèrent entre mâles et femelles
L’absence d’effet chez les femelles pourrait finalement s’avérer tout aussi importante que le résultat positif observé chez les mâles. Les cannabinoïdes peuvent interagir avec de nombreuses voies biologiques, et les réponses peuvent varier selon les hormones, le métabolisme, l’expression des récepteurs et la pharmacocinétique. Des réponses spécifiques au sexe ont été observées dans d’autres domaines de la recherche sur les cannabinoïdes, mais les effets cardiovasculaires ont reçu nettement moins d’attention.
Cette étude souligne pourquoi les chercheurs ne peuvent pas supposer qu’une découverte observée chez les animaux mâles s’appliquera automatiquement aux femelles. Dans ce cas, le CBD a engendré des changements mesurables de plaques et de molécules chez les mâles, alors qu’il n’a produit aucune plaque comparable ni d’effets protéomiques majeurs chez les femelles. Il s’agit à la fois d’une limitation importante et d’une découverte scientifique majeure.
La dose de CBD soulève des questions
Un autre point crucial est la dose de CBD. Les souris ont reçu environ 80 mg/kg/jour de CBD nanoémulsionné. Il s’agit d’une exposition expérimentale élevée et d’une formulation de nanoémulsion spécifique conçue pour améliorer l’absorption du CBD.
Les consommateurs n’absorbent pas nécessairement le CBD provenant d’huiles, de capsules, de boissons ou d’autres produits conventionnels de la même manière. Cela s’explique par la biodisponibilité orale relativement faible et variable du CBD. L’étude ne peut donc pas être utilisée pour conclure qu’un produit de CBD en vente libre ordinaire produirait les mêmes effets biologiques.
Ce que cela signifie pour les maladies cardiaques
Les résultats sont suffisamment prometteurs pour justifier des investigations supplémentaires, mais ils ne doivent pas être confondus avec une preuve que le CBD prévient les maladies cardiovasculaires. Cette étude a porté sur des souris, avec un échantillon très restreint de seulement huit souris par groupe de traitement, et une dose expérimentale élevée de CBD nanoémulsionné. Le plus important, la réduction apparente de la plaque a été observée chez les mâles et n’a pas été constatée chez les femelles. Il n’existe donc aucun fondement, d’après cette étude, pour recommander le CBD destiné aux consommateurs comme intervention contre l’athérosclérose ou pour suggérer que le CBD peut remplacer les traitements cardiovasculaires établis.
Cependant, la recherche ouvre une direction fascinante. Si des études futures confirment ces résultats, le CBD pourrait éventuellement faire partie d’une enquête plus large sur la façon dont les cannabinoïdes influencent le stress oxydatif vasculaire, l’inflammation endothéliale et le métabolisme lipidique.
CBD et athérosclérose: quelles prochaines étapes?
La prochaine étape consiste à déterminer si ces observations peuvent être reproduites dans des études animales de plus grande envergure et, éventuellement, si un phénomène similaire se produit chez l’homme. Les chercheurs devront également vérifier si différentes formulations de CBD produisent des effets différents, quelles doses sont biologiquement pertinentes, pourquoi les mâles et les femelles réagissent différemment, et si les changements du métabolisme mitochondrial et lipidique contribuent réellement à la réduction des plaques. Les études humaines seront particulièrement importantes, car l’absorption, le métabolisme et les effets cardiovasculaires du CBD peuvent différer sensiblement entre l’homme et les animaux de laboratoire.
Pour l’instant, la conclusion la plus précise n’est pas que le CBD combat les maladies cardiaques, mais que les chercheurs ont identifié une voie potentiellement importante qui mérite d’être étudiée pour d’éventuelles applications thérapeutiques à l’avenir.
Références:
1. Cahova M, Ableitner E, Bechyňská K, Kučková Š, Viktorova J, Mikušová V, Kosek V, Bínová Z, Beneš F, Fabián O, Strnad O, Nejedlý T, Heczková M, Brátová M, Kaštánek P, Malý M, Hajšlová J, Mussbacher M, Stranska M, Cannabidiol attenuates atherosclerosis in male ApoE−/− mice with sex-dependent lipidomic and proteomic remodeling, Journal of Lipid Research (2026), doi: https://doi.org/10.1016/j.jlr.2026.101120












