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La légalisation du cannabis au Canada n’a pas profondément modifié les tendances en matière d’incarcération

Lorsque le Canada a légalisé le cannabis récréatif en octobre 2018, de nombreuses personnes attendaient un changement dramatique dans le système de justice pénale. L’un des objectifs principaux de la légalisation était de réduire les arrestations liées au cannabis et d’empêcher les gens d’entrer dans le système de justice pour simple possession. Les partisans espéraient que la légalisation allégerait la pression sur les tribunaux, réduirait l’incarcération et aiderait à résoudre les inégalités de longue date liées à l’application de la loi sur les drogues.
Cependant, les changements au sein du système de justice peuvent ne pas avoir été aussi dramatiques que beaucoup l’avaient prévu. En Ontario, des chercheurs ont examiné les données sur l’incarcération couvrant les années précédant et suivant la légalisation et ont constaté un tableau plus nuancé. Certaines accusations liées à la possession ont diminué peu après que le cannabis est devenu légal, mais les tendances plus larges liées aux infractions liées à la drogue et à l’incarcération ont changé beaucoup moins que prévu.
Les résultats mettent en évidence une vérité importante sur la réforme du cannabis : modifier la loi ne transforme pas automatiquement les systèmes qui l’entourent. Plongeons dans ce que les chercheurs ont trouvé et ce que cela signifie pour l’avenir de la criminalisation du cannabis.
Étude sur la légalisation du cannabis en Ontario
L’étude1, intitulée Impact de la légalisation du cannabis sur les infractions liées à la possession de drogues chez les personnes incarcérées en Ontario, Canada, a analysé les données sur les infractions liées aux détenus ou incarcérés dans les établissements correctionnels provinciaux de l’Ontario entre janvier 2015 et février 2020.
Les chercheurs se sont concentrés sur plusieurs catégories d’infractions, notamment :
- Infractions liées à la possession de drogues
- Infractions liées à la drogue sans possession
- Infractions liées à la drogue combinées avec d’autres accusations criminelles
- Infractions non liées à la drogue
En utilisant un plan de série temporelle interrompue, les chercheurs ont comparé les tendances avant et après la légalisation pour déterminer si la réforme du cannabis a significativement modifié les tendances en matière d’incarcération. À première vue, il y avait des preuves de certains changements. Les réservations impliquant des infractions liées à la possession ont diminué immédiatement après la légalisation. Cependant, la tendance à la baisse qui existait déjà avant la légalisation n’a pas significativement changé par la suite. Les données ont montré que les accusations de possession étaient déjà en baisse avant que le cannabis devienne légal, et la légalisation elle-même n’a pas créé de perturbation majeure à long terme dans le système.
Pourquoi les accusations de possession n’ont diminué que légèrement
L’une des découvertes les plus intéressantes de l’étude est que la légalisation a réduit certaines réservations liées à la possession, mais pas de manière aussi dramatique que beaucoup l’avaient prévu. Il y a plusieurs raisons possibles à cela.
Tout d’abord, la légalisation du cannabis au Canada est venue avec des réglementations strictes. Même si les adultes pouvaient légalement posséder du cannabis dans certaines limites, des scénarios de possession illégale existaient toujours. Dépasser les limites de possession, la distribution non autorisée, le trafic, la conduite avec facultés affaiblies, et les ventes en dehors des systèmes réglementés pouvaient toujours entraîner des accusations criminelles.
En outre, les personnes qui entrent dans les établissements correctionnels provinciaux sont souvent confrontées à des défis juridiques et sociaux multiples. La possession de drogues ne représente peut-être qu’une partie d’un ensemble plus large d’infractions se produisant aux côtés de la pauvreté, de l’itinérance, des luttes de santé mentale ou de l’implication avec d’autres substances.
L’étude a également constaté que les diminutions de certaines infractions liées uniquement à la drogue ont été compensées par des augmentations d’infractions impliquant des drogues et d’autres accusations. Cela suggère que la légalisation peut ne pas modifier de manière significative les circonstances qui amènent souvent les gens dans le système correctionnel en premier lieu.
La réforme du cannabis par rapport à la réforme de la justice pénale
Les résultats de l’Ontario mettent en évidence un problème plus large dans les discussions sur la politique des drogues : la légalisation du cannabis et la réforme de la justice pénale ne sont pas nécessairement la même chose. La légalisation modifie le statut juridique d’une substance, mais elle n’annule pas automatiquement des décennies de pratiques policières, d’inégalités systémiques ou de conditions sociales liées à l’incarcération.
Par exemple, les personnes qui connaissent une instabilité du logement, une addiction ou la pauvreté peuvent toujours faire face à des interactions accrues avec les forces de l’ordre, quelle que soit la loi sur le cannabis. Dans de nombreux cas, la possession de cannabis peut simplement devenir moins centrale tandis que d’autres infractions continuent de conduire les tendances en matière d’incarcération. C’est l’une des raisons pour lesquelles de nombreux experts en politiques affirment que la légalisation seule ne peut pas réduire complètement les dommages associés à la criminalisation des drogues. Sans des réformes plus larges qui abordent les services sociaux, l’accès aux soins de santé, le traitement de la toxicomanie et les pratiques policières, la légalisation peut avoir un impact limité sur les taux d’incarcération dans l’ensemble.
L’histoire de la criminalisation du cannabis
Même si le cannabis est maintenant légal au Canada, l’histoire de la prohibition affecte encore de nombreuses communautés. Pendant des décennies, les infractions liées au cannabis ont contribué à des dossiers criminels, à des obstacles à l’emploi, à des difficultés de logement et à des ruptures familiales. Les recherches ont répétivement montré que les populations marginalisées ont souvent connu une application disproportionnée de la loi pendant la prohibition.
La légalisation a été considérée par de nombreux défenseurs comme une occasion de corriger certains de ces dommages. Cependant, l’étude de l’Ontario suggère que supprimer simplement les peines criminelles pour possession peut ne pas inverser complètement les modèles profondément enracinés dans le système de justice.
Cela soulève des questions importantes sur ce que devrait être une réforme du cannabis réussie. Le succès est-il mesuré uniquement par les ventes légales et les revenus fiscaux ? Ou le succès devrait-il également inclure des réductions significatives de l’incarcération, des résultats de santé publique améliorés et une plus grande équité sociale ? La réponse peut dépendre de la façon dont les gouvernements choisissent d’évoluer la politique du cannabis à l’avenir.
La politique des drogues devient plus complexe
Une autre conclusion importante de l’étude est que la politique des drogues est entrée dans une ère beaucoup plus compliquée que les simples débats « légal » contre « illégal ». La légalisation du cannabis coexiste avec des préoccupations croissantes concernant les opioïdes, les drogues synthétiques, les décès par surdose et les réponses de santé publique à l’utilisation de substances. À mesure que les décideurs politiques se concentrent sur les approches axées sur la réduction des méfaits et la santé, le rôle du cannabis dans le paysage de la politique des drogues continue d’évoluer.
Certains experts affirment que la légalisation a réussi à détourner les ressources de l’application de la loi des délits de possession de cannabis de faible niveau. D’autres estiment que des modèles de décriminalisation plus larges peuvent être nécessaires pour réduire de manière significative l’incarcération liée aux drogues et à l’utilisation de substances.
L’étude de l’Ontario ne soutient pas que la légalisation a échoué. Elle suggère plutôt que la légalisation seule peut ne pas être suffisante pour modifier de manière significative les expériences des personnes déjà vulnérables à l’incarcération, et que cette distinction est importante.
Ce que les résultats signifient pour l’avenir
Les résultats de l’étude pourraient influencer les conversations futures sur la politique du cannabis au Canada et dans d’autres pays qui envisagent la légalisation. L’une des leçons clés est que les attentes entourant la légalisation peuvent devoir être plus réalistes. Les marchés de cannabis légaux peuvent réduire certaines arrestations et créer un accès réglementé pour les adultes, mais ils peuvent ne pas résoudre automatiquement les problèmes plus larges de justice pénale.
Les réformes futures peuvent devoir se concentrer davantage sur :
- L’effacement des condamnations pour cannabis passées
- L’expansion des programmes de réduction des méfaits
- La résolution de la pauvreté et de l’instabilité du logement
- L’amélioration des services de santé mentale et de traitement de la toxicomanie
- La réduction des disparités systémiques dans l’application de la loi
La légalisation du cannabis peut représenter une pièce d’un puzzle de politique publique beaucoup plus large plutôt qu’une solution complète en soi.
La légalisation du cannabis et le tableau plus large
La recherche de l’Ontario offre un rappel important que les systèmes sociaux changent rarement du jour au lendemain. La légalisation du cannabis a marqué un changement historique dans la politique des drogues canadienne, mais le système correctionnel reflète des décennies de problèmes structurels plus larges qui ne peuvent pas être effacés par un seul changement législatif.
Alors que la légalisation semble avoir réduit certaines réservations liées à la possession, les tendances plus larges entourant les infractions liées à la drogue et l’incarcération sont restées relativement stables parmi les personnes qui entrent dans les établissements correctionnels de l’Ontario. Cela ne signifie pas que la légalisation manquait de valeur, mais cela signifie que des réformes plus profondes peuvent encore être nécessaires si l’objectif est de réduire de manière significative l’implication dans le système de justice pénale liée à l’utilisation de substances.
À mesure que davantage de pays et d’États réexaminent les lois sur le cannabis, des études comme celle-ci aident à faire progresser la conversation au-delà des slogans et des hypothèses. La légalisation peut être une étape importante, mais le chemin vers une réforme de la justice significative s’avère être beaucoup plus complexe que simplement rendre le cannabis légal.
Références
1. Amanda Butler, Ruth Croxford, Akwasi Owusu-Bempah, Hanaya Akbari, Fiona Kouyoumdjian, Impact de la légalisation du cannabis sur les infractions liées à la possession de drogues chez les personnes incarcérées en Ontario, Canada, Revue internationale de politique des drogues, Volume 153, 2026, 105305, ISSN 0955-3959, https://doi.org/10.1016/j.drugpo.2026.105305












