Recherche sur le cannabis

Un composé du cannabis cible les signaux œstrogéniques du cancer du sein

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Un composé présent dans le cannabis pourrait-il aider un médicament éprouvé contre le cancer du sein à agir plus efficacement ? Répondre à cette question pourrait ouvrir une piste intéressante pour le développement de médicaments, en particulier si les chercheurs parviennent à déterminer précisément quelle molécule produit cet effet et quelles tumeurs y répondent.

Une nouvelle étude publiée dans Biomedicine & Pharmacotherapy examine, lors d’expériences en laboratoire et sur des souris, un cannabinoïde appelé 373.15b.1 Les chercheurs ont constaté qu’il réduisait l’activité des récepteurs des œstrogènes et inhibait la croissance tumorale, avec des résultats encourageants lorsqu’il était associé au tamoxifène.

Les résultats justifient de poursuivre l’étude de ce composé expérimental précis. Leur portée plus générale tient à la démarche suivie par les chercheurs : passer d’extraits complexes de cannabis à une molécule définie, à une explication biologique et à une association thérapeutique pouvant être testée plus précisément.

Pourquoi les œstrogènes comptent dans la recherche sur le cancer du sein

Le cancer du sein regroupe plusieurs maladies aux caractéristiques biologiques différentes. Dans les cancers du sein à récepteurs des œstrogènes positifs, les cellules tumorales portent des protéines qui réagissent aux œstrogènes et contribuent à activer les mécanismes favorisant la croissance. Le récepteur alpha des œstrogènes, abrégé ERα, joue un rôle important dans ce processus.

On peut comparer le récepteur à un capteur de signaux de croissance. Le tamoxifène interfère avec ce signal dans le tissu mammaire. Il fait partie d’un groupe de médicaments appelés modulateurs sélectifs des récepteurs des œstrogènes, ou SERM.

Les traitements endocriniens peuvent se poursuivre pendant des années ; leur tolérance est donc aussi importante que leur efficacité. Les chercheurs ont ainsi cherché à savoir si un composé dérivé du cannabis pouvait rendre les cellules cancéreuses plus sensibles aux traitements existants. À plus long terme, ils avancent l’hypothèse qu’une association efficace pourrait éventuellement permettre de réduire les doses, même si cette étude n’a pas établi un tel bénéfice chez les patients.

Cette question est différente de celle de savoir si le cannabis aide à soulager les symptômes. Un article récent de MyCannabis sur le cannabis en soins palliatifs traite du confort et du soulagement de la douleur. Ici, l’expérimentation portait sur la biologie tumorale elle-même. Ces deux axes de recherche sont importants, mais la réussite de l’un ne prouve pas celle de l’autre.

Comment les chercheurs ont identifié le cannabinoïde 373.15b

L’équipe a commencé par étudier 29 extraits de cannabis chimiquement distincts et par tester leurs effets sur des cellules cancéreuses du sein. Un extrait, CANN14, s’est démarqué par sa capacité à renforcer l’effet du tamoxifène sur la destruction des cellules dans les conditions de criblage.

Les chercheurs ont ensuite séparé cet extrait en fractions chimiques plus petites. Cette démarche a progressivement resserré le champ de recherche et leur a permis d’identifier 373.15b comme un composant actif. Ils en ont caractérisé la structure chimique inhabituelle et ont également testé une version synthétique.

Cette étape de synthèse renforce l’étude. Lorsqu’une molécule chimiquement définie reproduit un effet, les chercheurs sont davantage en mesure de déterminer ce qui mérite d’être étudié plus avant. Elle ouvre également la voie à des expériences reposant sur un matériel homogène, plutôt que sur des extraits végétaux variables.

Les travaux ont associé des expériences sur des lignées de cellules cancéreuses du sein à récepteurs des œstrogènes positifs à un modèle animal. Des souris femelles ont reçu une supplémentation en œstrogènes et se sont fait implanter des cellules humaines de cancer du sein, ce qui a permis aux chercheurs d’observer la croissance tumorale pendant le traitement.

Les groupes comptaient généralement cinq ou six souris. Les traitements ont été administrés par injection dans la cavité abdominale. Ces conditions offrent un contrôle expérimental utile, mais ne reproduisent pas la prise, à domicile, d’une huile ou d’une gélule de cannabis.

Résultats des expériences sur le cancer du sein

Le composé a réduit l’expression du gène ERα, les taux de la protéine correspondante et son activité. Concrètement, les cellules possédaient moins de récepteurs associés à la croissance stimulée par les œstrogènes, et certains des mécanismes contrôlés par ces récepteurs étaient moins actifs.

Les chercheurs ont également observé des changements concernant RASSF1A, une protéine associée à la suppression tumorale, et la voie de signalisation Hippo, qui contribue à réguler la croissance cellulaire. Ces résultats suggèrent une explication possible des changements observés au niveau des récepteurs. Toutefois, la cible moléculaire directe du composé n’a pas encore été identifiée, et la séquence proposée doit encore faire l’objet de tests de causalité plus solides.

Chez les souris, CANN14 et le 373.15b synthétique ont tous deux inhibé la progression tumorale. Le traitement combiné a produit des effets encourageants, même s’il convient d’examiner séparément les expériences menées avec l’extrait et celles réalisées avec le composé isolé.

Par exemple, dans l’expérience avec CANN14, après environ quatre semaines, les tumeurs du groupe traité par l’association représentaient approximativement le quart du volume de celles du groupe témoin ayant reçu le véhicule. Cette comparaison indique que les tumeurs étaient plus petites que celles des témoins non traités. Elle ne signifie pas qu’elles avaient diminué de 75 % par rapport à leur volume initial.

Les résultats et les limites ci-dessous sont directement tirés de l’article :

Expérience Résultat rapporté Limites des données
Criblage de 29 extraits CANN14 a renforcé la mort cellulaire associée au tamoxifène. Le dépistage initial a été réalisé sur des cellules en culture.
Isolement du composé 373.15b a reproduit les principaux effets de l’extrait. Sa cible moléculaire directe reste inconnue.
Tests de signalisation des œstrogènes L’expression et l’activité d’ERα ont diminué. La voie proposée doit être confirmée par des études supplémentaires.
Expériences sur des tumeurs chez la souris Les traitements à base d’extrait et de composé ont freiné la progression tumorale. Les expériences ont été menées sur de petits groupes, à l’aide d’un modèle de xénogreffe avec apport d’œstrogènes.
Développement clinique Les auteurs proposent d’étudier une thérapie combinée. La pharmacocinétique, la biodisponibilité et l’innocuité systémique doivent être évaluées.

Pourquoi une molécule définie change la question de recherche

L’une des leçons les plus utiles est que le terme « cannabis » est trop général pour décrire ce traitement potentiel. Un seul extrait s’est révélé efficace en association avec le tamoxifène lors du dépistage initial. Les différences chimiques entre les extraits ont donc joué un rôle central dans cette découverte.

Pour les recherches à venir, la question porte désormais sur la composition : quelle molécule, à quelle exposition, produit quelle réponse ? Ces précisions facilitent la reproduction des résultats et aident à comprendre pourquoi deux préparations de cannabis peuvent agir différemment.

L’étude montre également comment la recherche sur les plantes peut s’articuler avec le développement pharmaceutique. Le cannabis a fourni la matière première, tandis que l’isolement et la synthèse chimiques ont permis de transformer une observation en un candidat plus facile à étudier.

Le projet bénéficie déjà d’un soutien institutionnel. Une annonce du Technion datant d’août 2026 faisait état d’un financement de recherches sur le cancer portant sur 373.15b. Ce soutien donne un aperçu du programme de recherche, mais le financement ne constitue pas en soi une validation du traitement.

D’autres résultats sur le CBD apportent un éclairage, mais ne permettent pas de conclure à une interchangeabilité

Une étude distincte publiée en mai 2026 a examiné le CBD et le tamoxifène dans des modèles précliniques de cancer du sein. Elle a fait état d’une amélioration des effets du traitement, associée à des changements dans un autre système de signalisation : la voie cAMP/CREB.

Ensemble, ces expériences laissent penser que la recherche sur les cannabinoïdes pourrait mettre au jour plusieurs façons d’influencer la biologie des cancers liés aux œstrogènes. Elles ne démontrent pas que le CBD et 373.15b sont interchangeables, ni qu’un produit commercial peut reproduire les résultats de l’une ou l’autre expérience. Comparer les composés dans des conditions identiques serait plus instructif que de regrouper leurs résultats sous une même affirmation sur le cannabis.

Qu’est-ce qui rendrait ces résultats utiles aux patients ?

Un résultat prometteur sur une tumeur ne constitue qu’un volet de l’évaluation d’un futur médicament. Les chercheurs doivent également déterminer si une quantité efficace peut atteindre la tumeur, combien de temps elle y reste active et quels effets elle produit ailleurs dans l’organisme.

La méthode d’administration mérite une attention particulière. L’article de MyCannabis sur les liposomes de CBD contre les lésions pulmonaires liées à la radiothérapie examine un autre contexte expérimental dans lequel la formulation fait partie de la question thérapeutique. Pour 373.15b, l’absorption et la biodisponibilité restent à étudier. Une dose injectée à une souris ne peut pas être simplement convertie en dose destinée aux consommateurs.

Les prochaines étapes les plus utiles sont notamment les suivantes :

  • Confirmer les résultats dans d’autres modèles tumoraux et dans des laboratoires indépendants.
  • Mesurer l’exposition, le métabolisme et les effets sur les tissus sains.
  • Vérifier si les associations à dose plus faible permettent de contrôler la tumeur tout en réduisant la toxicité globale.

Ce dernier point est particulièrement important. L’ajout d’un composé pourrait améliorer l’activité antitumorale tout en entraînant des effets indésirables. Pour démontrer qu’un traitement est meilleur, il faut mesurer ces deux aspects. Une réduction des doses de tamoxifène ne serait pertinente que si le traitement complet s’avérait efficace et mieux toléré.

Les auteurs reconnaissent que les récepteurs des œstrogènes sont également présents dans les tissus sains, ce qui rend pertinents les effets endocriniens en dehors des tumeurs. L’article mentionne également que David Meiri siège au conseil d’administration de Cannasoul Analytics et qu’un brevet connexe est en instance. Ces déclarations soulignent l’intérêt d’une réplication indépendante.

La prochaine question de la recherche sur les cannabinoïdes et le cancer du sein

La principale contribution de cette étude est de définir plus clairement la voie à suivre pour les expériences. Les chercheurs disposent d’un composé bien défini, de changements mesurables dans la signalisation des œstrogènes et de résultats chez l’animal qui justifient des travaux supplémentaires.

Pour les lecteurs, la distinction est simple : il s’agit d’une piste de développement médicamenteux, et non d’un argument en faveur du remplacement d’un traitement endocrinien ou de l’ajout de cannabis vendu dans le commerce pour mieux contrôler le cancer. Les décisions concernant les médicaments existants relèvent de l’équipe d’oncologie qui assure le suivi du patient.

La prochaine expérience décisive devrait déterminer si le 373.15b peut procurer un bénéfice thérapeutique reproductible à des niveaux d’exposition tolérés dans l’ensemble de l’organisme. Si c’est le cas, cette découverte dépasserait le stade d’un composé végétal intéressant et ouvrirait une perspective plus prometteuse : celle d’un complément soigneusement conçu aux traitements établis contre le cancer du sein.

Références :

1 Cohen, V., Besser, E., Shotan, S. R., Procaccia, S., Halle-Bikovski, A., Litvinsky, S. S., Truman, M., Harel, M., Thaler, S., & Meiri, D. (2026). Modulation des récepteurs aux œstrogènes par un cannabinoïde nouvellement identifié dans un modèle préclinique de cancer du sein. Biomedicine & Pharmacotherapy, 204, 119942. https://doi.org/10.1016/j.biopha.2026.119942

Alex Morgan s’intéresse aux questions qui se cachent derrière les titres consacrés au cannabis. Pourquoi un cannabinoïde agit-il différemment d’un autre ? Que peut nous apprendre une expérience en serre sur la manière d’obtenir une meilleure récolte ? Sur MyCannabis.com, il explore ces sujets sous l’angle des sciences, de la médecine et de la culture, en privilégiant les informations utiles aux dernières tendances.