Chanvre

L’alimentation des agneaux à l’huile de chanvre crée un compromis nutritionnel

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L’huile de graines de chanvre améliore la nutrition des agneaux mais raccourcit la durée de conservation

L’huile de graines de chanvre peut modifier la composition nutritionnelle de l’agneau sans affecter de façon notable la qualité de base de la viande. Le problème est que ces gains nutritionnels peuvent rendre la viande plus vulnérable à l’oxydation lorsqu’elle reste exposée dans un présentoir réfrigéré.

Une étude publiée dans Meat Science1 a testé l’huile de graines de chanvre comme ingrédient fonctionnel dans les régimes d’engraissement des agneaux. Les chercheurs ont constaté qu’elle augmentait plusieurs classes d’acides gras polyinsaturés dans la viande tout en laissant les caractéristiques telles que la teneur en protéines, l’humidité, le pH, la perte de jus et la tendreté largement inchangées.

Cependant, l’huile de graines de chanvre n’a pas fourni la protection antioxydante que les chercheurs anticipaient. Au cours de neuf jours de simulation d’exposition au détail, la viande d’agneaux nourris au chanvre est devenue plus susceptible à l’oxydation des lipides que la viande d’agneaux recevant de l’huile de colza.

Ce résultat présente aux producteurs de chanvre et à l’industrie de l’élevage un compromis révélateur. L’huile de graines de chanvre peut aider à créer une viande avec un profil d’acides gras plus souhaitable, mais son utilisation commerciale pourrait nécessiter des stratégies de conservation supplémentaires pour maintenir l’attrait de cette viande tout au long de sa durée de vie en magasin.

Comment les chercheurs ont testé l’huile de graines de chanvre dans l’alimentation des agneaux

Les chercheurs ont utilisé 40 agneaux Dohne Merino âgés de quatre mois, les répartissant entre quatre régimes d’engraissement. Un groupe a reçu un régime témoin conventionnel sans huile ajoutée. Les autres groupes ont reçu soit 2,5 % d’huile de colza, soit 2,5 % d’huile de graines de chanvre, soit 5 % d’huile de graines de chanvre.

Les huiles ont remplacé le grain de maïs à raison de un pour un. Après une période d’adaptation de 14 jours, les agneaux sont restés sur leurs régimes assignés pendant 42 jours. Les chercheurs ont ensuite examiné la croissance, les caractéristiques de carcasse, la composition de la viande, les acides gras, la couleur, la capacité antioxydante, l’oxydation et la tendreté.

L’huile de graines de chanvre elle‑même contenait des graisses polyinsaturées ainsi que des tocophérols, des terpènes, des flavonoïdes et plusieurs cannabinoïdes. Cette combinaison a soulevé une question scientifique intéressante. Les acides gras polyinsaturés peuvent améliorer la composition nutritionnelle, mais leur structure chimique les rend également vulnérables à l’oxydation. Les phyto‑chimicals du chanvre pourraient théoriquement contrebalancer cette vulnérabilité en apportant une activité antioxydante.

L’expérience testait donc plus que la capacité des agneaux à consommer de l’huile de chanvre. Elle examinait si les graisses du chanvre et leurs composés protecteurs pouvaient rester en équilibre après la digestion, le métabolisme, l’abattage, le stockage et l’exposition au détail.

Groupe d’étude Huile ajoutée Total d’AGPI dans la viande AGPI oméga‑3 Perte à la décongélation
Contrôle Aucun 3.75 mg/g 2.06 mg/g 3.65%
Canola 2,5 % d’huile de colza 4.19 mg/g 2.67 mg/g 2.92%
Faible chanvre 2,5 % d’huile de graines de chanvre 4.37 mg/g 2.57 mg/g 3.14%
Haut chanvre 5 % d’huile de graines de chanvre 5.77 mg/g 3.28 mg/g 2.47%

L’huile de chanvre a modifié la composition des graisses sans perturber la qualité de la viande

L’augmentation de la quantité d’huile de graines de chanvre a entraîné une nette hausse des acides gras polyinsaturés totaux, des acides gras oméga‑3, des acides gras oméga‑6 et de l’acide linoléique conjugué chez l’agneau. Le total des acides gras saturés n’a pas changé de façon significative.

Le régime à 5 % de chanvre a produit le résultat le plus prononcé. Les acides gras polyinsaturés totaux ont atteint 5.77 mg/g de viande, contre 3.75 mg/g dans le groupe témoin. La teneur en oméga‑3 est passée de 2.06 à 3.28 mg/g, tandis que l’acide linoléique conjugué est passé de 1.28 à 2.15 mg/g.

Ces résultats démontrent qu’au moins une partie du profil d’acides gras de l’huile de graines de chanvre a survécu au système digestif des ruminants et a été incorporée dans le tissu musculaire. Ce n’est pas garanti, car les microbes du rumen transforment largement les graisses alimentaires avant que l’animal ne les absorbe.

Il est important de noter que ces changements ne se sont pas accompagnés d’une diminution évidente de la composition de base de la viande. La supplémentation en chanvre n’a pas modifié de façon significative l’humidité, les protéines, les cendres, la graisse intramusculaire, le pH ou la perte de jus. L’augmentation de l’huile de chanvre a également été associée à une perte à la décongélation plus faible, bien que la valeur pratique de ce résultat nécessite des investigations supplémentaires.

Les résultats ajoutent une dimension à l’élevage au rôle potentiel du chanvre dans systèmes alimentaires circulaires. L’huile, le tourteau de graines, les coques et d’autres fractions de transformation pourraient fournir des sources de revenus supplémentaires si les chercheurs et les régulateurs peuvent établir des utilisations sûres et productives pour ceux-ci.

Le compromis de la durée de conservation

Les mêmes acides gras polyinsaturés qui rendaient la viande intéressante sur le plan nutritionnel ont également créé sa faiblesse principale. Ces graisses contiennent de multiples sites réactifs susceptibles d’être attaqués par l’oxygène. L’exposition à la lumière, à l’air et au stockage réfrigéré peut déclencher une réaction en chaîne qui produit des saveurs, des odeurs et des changements de couleur indésirables.

Les chercheurs ont suivi l’agneau pendant neuf jours dans des conditions d’exposition éclairée en magasin. Au dernier jour, la viande des groupes témoin et chanvre présentait des niveaux plus élevés de substances réactives à l’acide thiobarbiturique, un indicateur standard d’oxydation des lipides, que le groupe à l’huile de colza.

Les quatre groupes ont finalement dépassé le seuil d’acceptabilité oxydative couramment appliqué d’environ 2 milligrammes de malondialdéhyde par kilogramme de viande. Les traitements à base de chanvre se sont néanmoins avérés moins performants que le colza lors de la phase tardive d’exposition. La plus grande proportion de graisses monoinsaturées de l’huile de colza a pu rendre cette viande moins vulnérable à la détérioration oxydative.

L’agneau nourri au chanvre a également présenté un pic de métmyoglobine au jour sept. La métmyoglobine est le pigment oxydé associé à la couleur brune que les consommateurs interprètent souvent comme un signe que la viande n’est plus fraîche. Sa présence ne signifie pas automatiquement que le produit est dangereux, mais le brunissement visible peut réduire sa durée de vie commerciale en décourageant les achats.

Pourquoi les antioxydants du chanvre n’étaient pas suffisants

L’huile de graines de chanvre contient des tocophérols et d’autres composés associés à l’activité antioxydante. Ses terpènes sont également étudiés pour des utilisations allant de la conservation des aliments aux ingrédients industriels renouvelables. Pourtant, l’étude sur les agneaux n’a révélé aucune amélioration nutritionnelle significative de la capacité antioxydante mesurée de la viande.

Plusieurs explications possibles :

  • Les antioxydants du chanvre pouvaient être présents à des concentrations insuffisantes.
  • La digestion et le métabolisme ont pu les transformer avant d’atteindre le muscle.
  • L’augmentation des graisses polyinsaturées a pu submerger tout effet protecteur.
  • La transformation ou le stockage ont pu dégrader certains composés avant la consommation.

L’étude n’a pas mesuré l’absorption ou le dépôt des composés individuels dérivés du chanvre dans le muscle. Elle ne peut donc pas déterminer précisément quels phytochimiques ont atteint la viande ou si leurs métabolites ont conservé une activité antioxydante.

Cette limitation reflète un défi plus large identifié dans une récente revue des sous‑produits de chanvre industriel dans les régimes des ruminants. Un ingrédient d’alimentation peut contenir des composés précieux sans les délivrer intacts à la viande ou au lait. Le rumen, l’intestin, le foie et d’autres tissus peuvent les transformer de manière substantielle en cours de route.

Une meilleure nutrition ne garantit pas automatiquement un meilleur produit

L’étude illustre pourquoi la qualité alimentaire ne peut pas se réduire à une seule mesure nutritionnelle. Augmenter les oméga‑3 et d’autres graisses polyinsaturées peut sembler favorable sur le papier, mais la viande commerciale doit également conserver sa couleur, sa saveur, sa texture et sa stabilité suffisamment longtemps pour traverser les étapes de transformation, de distribution, de vente au détail et de stockage domestique.

Cela ne rend pas l’huile de graines de chanvre inadaptée au bétail. Au contraire, cela suggère que la formulation des aliments et la conservation post‑abattage doivent être développées conjointement. Les producteurs ne peuvent pas modifier l’alimentation de l’animal tout en considérant l’emballage et la durée de conservation comme des problèmes indépendants.

Des solutions potentielles pourraient consister à associer l’huile de chanvre à des antioxydants alimentaires complémentaires, à optimiser la dose, à limiter l’exposition à l’oxygène, à utiliser un emballage à atmosphère modifiée ou à raccourcir le délai entre la transformation et la consommation. Chaque intervention nécessiterait des essais, car un antioxydant efficace dans l’alimentation ne reste pas forcément biodisponible dans le muscle.

Il existe également une différence entre l’huile de graines de chanvre et les sous‑produits de chanvre à faible teneur en graisses. Le tourteau ou la farine de graines peut fournir des protéines, des fibres et de l’huile résiduelle sans créer le même niveau de pression oxydative que l’huile concentrée. Les comparaisons futures devraient examiner si ces fractions offrent une valeur agricole avec un profil de durée de conservation plus maîtrisable.

La réglementation reste une composante de l’équation commerciale

Même des résultats nutritionnels solides ne créeraient pas immédiatement un marché mondial pour l’alimentation du bétail à base de chanvre. Les règles varient selon les juridictions, et les régulateurs doivent prendre en compte la santé animale, les résidus de cannabinoïdes, l’exposition humaine et la constance entre les lots.

Le Canada définit le chanvre industriel selon une limite maximale de 0,3 % de THC dans les têtes florales et les feuilles, comme expliqué par les directives sur le chanvre industriel de Santé Canada. Cependant, la classification d’une culture comme chanvre industriel n’autorise pas automatiquement chaque dérivé pour chaque application d’alimentation animale.

La recherche doit donc aborder à la fois la performance et la traçabilité. Les études doivent déterminer ce que les animaux consomment, comment les composés du chanvre sont métabolisés, si des résidus pénètrent les tissus comestibles, et comment l’aliment résultant se comporte pendant le stockage. Ces questions sont particulièrement importantes lorsque l’alimentation contient des cannabinoïdes mesurables, même à des concentrations bien inférieures à celles associées à l’intoxication.

La recherche sur l’alimentation à base de chanvre entre dans une phase plus pratique

La conclusion principale n’est pas simplement que l’huile de chanvre a augmenté les acides gras chez le mouton. C’est que cette amélioration a mis en évidence une autre contrainte qui doit être résolue avant une adoption commerciale.

L’huile de graines de chanvre pouvait être incorporée jusqu’à 5 % du régime d’engraissement testé sans altérer de manière significative les qualités physicochimiques de base du mouton. Elle a augmenté les graisses polyinsaturées totales, les oméga‑3, les oméga‑6 et l’acide linoléique conjugué tout en laissant la tendreté et les principales mesures de composition largement intactes.

Cependant, ses antioxydants n’ont pas empêché la détérioration oxydative en phase tardive. La prochaine phase de recherche devrait tester l’huile de chanvre en combinaison avec des technologies de conservation, quantifier les composés dérivés du chanvre dans les tissus comestibles, évaluer la stabilité microbienne et inclure des panels sensoriels entraînés ou des dégustations par les consommateurs.

Cela déplacerait la question de savoir si le chanvre peut être nourri au bétail à savoir s’il peut soutenir un produit à la fois nutritionnellement attrayant, commercialement durable, économiquement viable et acceptable pour les régulateurs. Cette étude montre que l’huile de graines de chanvre a du potentiel, mais elle montre également exactement pourquoi le potentiel seul ne suffit pas.

Références :

1 Magqupu, S., Semwogerere, F., Marais, J., & Mapiye, C. (2027). Régimes d’engraissement pour agneaux supplémentés en huile de graines de chanvre : impact sur la qualité physicochimique de la viande et la stabilité oxydative. Meat Science, 243, 110221. https://doi.org/10.1016/j.meatsci.2026.110221

Patricia est une personne amoureuse de la danse, folle des animaux, avec une passion pour répandre le mot sur les avantages incroyables du CBD. Lorsqu'elle n'est pas occupée à danser sur ses airs préférés, vous pouvez la trouver en train de rechercher toutes les façons dont le CBD peut améliorer notre vie.