Règlementation
Atténuer la capture corporative sur les marchés de cannabis légal : Un appel à l’action
L’industrie du cannabis légal présente un terrain fertile pour l’expansion des entreprises, avec des entités multinationales qui cherchent à tirer parti des marchés émergents. Cependant, la croissance non réglementée du pouvoir corporatif soulève des inquiétudes quant à la capture réglementaire, où les intérêts particuliers exercent une influence indue sur les décisions politiques pour servir leurs propres agendas.
Cet article discute des principales conclusions de la 65e session de la Commission des stupéfiants des Nations Unies (CND), tenue en mars 2022 à Vienne. Plus précisément, il s’appuie sur les discussions et les résultats de l’événement parallèle intitulé “Atténuer les risques de capture corporative pour les marchés de cannabis légal”, jetant un éclairage sur les stratégies et les défis pour sauvegarder la politique du cannabis contre l’influence corporative indue.
Le concept de capture corporative, introduit par Steve Rolles, représentant la Fondation Transform Drug Policy, peint un tableau sombre du pouvoir corporatif excessif s’insinuant dans les cadres réglementaires. Des lobbyings occultes au financement d’entités politiques et à l’influence sur la recherche, les entreprises exercent une influence significative, mettant en péril l’intégrité de la politique du cannabis. Les parallèles tirés avec la réglementation des industries de l’alcool et du tabac servent de leçons de choses, mettant en évidence les défis pour endiguer la domination corporative une fois qu’elle s’est enracinée.
L’expérience du Canada en matière de réglementation du cannabis sert de rappel poignant des dangers de la capture corporative. Malgré les efforts pour introduire des licences de micro-cultivation, le marché reste largement dominé par un petit nombre d’entreprises, étouffant la diversité et l’innovation. De plus, l’expansion internationale des entreprises canadiennes de cannabis souligne la portée mondiale de l’influence corporative, les marchés émergents devenant des champs de bataille pour la suprématie corporative.
Leçons de l’industrie du cannabis
Benoit Gomis, chercheur à l’Université Simon Fraser, a souligné un lien critique entre les tactiques passées de l’industrie du tabac et la dynamique en cours dans les marchés de cannabis légal. En tirant des parallèles entre l’implication de l’industrie du tabac dans le commerce illicite et le paysage émergent des marchés de cannabis légal, Gomis souligne l’importance d’apprendre de l’histoire pour éclairer une réglementation responsable.
Alors que le discours entourant la réglementation du cannabis évolue, l’attention se déplace de la simple légalisation à la tâche nuancée de l’élaboration de politiques qui donnent la priorité à la santé publique, à l’équité sociale et à l’intégrité. Au cœur de ce déplacement se trouve la reconnaissance de la menace imminente de la capture corporative, dans laquelle des entités puissantes cherchent à façonner les cadres réglementaires à leur avantage.
L’infiltration d’anciens dirigeants de l’industrie du tabac dans le secteur du cannabis soulève des inquiétudes quant à la réplication potentielle de tactiques néfastes observées dans le passé. De plus, la mise en œuvre de systèmes de traçage robustes reste un défi de taille, soulignant encore l’urgence d’atténuer l’influence corporative dans la réglementation du cannabis.
Pour fortifier l’intégrité des marchés de cannabis légal, des mesures proactives sont impératives. Des politiques de licence robustes, couplées à des mécanismes de transparence et de responsabilité, servent de gardes-fous fondamentaux contre la capture corporative. De plus, des restrictions sévères sur le financement corporatif et un engagement ferme en faveur des programmes d’équité sociale sont des piliers essentiels pour favoriser un paysage de marché diversifié et inclusif.
Solutions pour une réglementation efficace
En appréciant les contributions inestimables d’organisations comme la Fondation Transform Drug Policy, dont les rapports éclairés s’appuient sur des expériences dans d’autres industries comme le tabac, Shaleen Title, ancienne commissaire à la cannabis de l’État du Massachusetts, a proposé une feuille de route pour naviguer dans les complexités de la réglementation du cannabis tout en atténuant les risques de capture corporative.
Dans ses réflexions, Title souligne l’importance du moment dans les cadres réglementaires, un facteur souvent négligé dans d’autres industries. La transition des marchés médicaux aux marchés pour adultes présente des défis uniques, car les opérateurs existants peuvent prendre les devants, conduisant à une domination du marché et à des obstacles réglementaires subséquents. L’urgence, propulsée par diverses parties prenantes, y compris les préoccupations de la loi en matière de problèmes tels que le cannabis contenant du fentanyl, souligne la nécessité de vigilance contre l’influence corporative.
En se tournant vers les solutions, Title présente une série de recommandations visant à favoriser une réglementation efficace sans succomber à la domination corporative. Ces solutions, encapsulées dans le document “Bigger is not Better: Preventing Monopolies in the National Markets”, préconisent des mesures pour assurer la diversité du marché et prévenir le contrôle monopolistique :
- Permettre la culture personnelle : Permettre aux individus de cultiver un nombre raisonnable de plants pour leur usage personnel sert de frein aux pratiques monopolistiques et aux prix élevés, tout en offrant des alternatives aux produits achetés en magasin.
- Réglementation de l’intégration verticale : En s’inspirant de l’industrie de l’alcool, les réglementations devraient empêcher qu’une seule entreprise ne contrôle l’ensemble du marché, favorisant ainsi la concurrence et la diversité.
- Limitation de la part de marché : Plutôt que de limiter le nombre total de licences commerciales, les réglementations devraient limiter la part de marché qu’une seule entreprise peut contrôler pour prévenir une consolidation rapide du marché.
- Application des limites de propriété : Faire respecter avec vigueur les limites de propriété et examiner les fusions pour prévenir les pratiques prédatrices et anticoncurrentielles, avec un engagement à enquêter et à traiter les tactiques en évolution.
- Disqualifier les entreprises nuisibles : Les entreprises qui ont causé des dommages importants à la santé publique devraient être disqualifiées de l’industrie du cannabis, conformément aux principes de santé publique et de responsabilité.
- Établir des forces de tâche multiantennes : Créer des forces de tâche dédiées pour surveiller et appliquer les mesures anti-monopole, assurant la collaboration entre les agences et les secteurs.
- Réglementation du commerce interétatique : Donner aux États les moyens de réglementer ou de retarder le commerce interétatique pour maintenir l’autonomie juridictionnelle et soutenir les communautés historiquement exclues par des solutions sur mesure.
Ces recommandations, enracinées dans l’expérience approfondie de Title et sa collaboration avec les organismes de réglementation, offrent un cadre robuste pour une réglementation efficace du cannabis qui donne la priorité à la santé publique, à l’équité sociale et à l’intégrité du marché.
Conclusion
La 65e session de la Commission des stupéfiants des Nations Unies peut être close, mais le travail pour sauvegarder l’intégrité de la politique du cannabis continue. À ce stade, il est important pour l’industrie d’avancer, guidée par les principes d’équité, de justice et de santé publique, pour bâtir une industrie du cannabis qui serve le bien commun plutôt que les intérêts corporatifs.












