Chanvre

La biomasse de chanvre usée peut-elle devenir un aliment sûr pour les poulets ?

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Les producteurs de chanvre peuvent extraire des cannabinoïdes précieux des fleurs et des feuilles, mais le processus laisse derrière lui une quantité importante de matière végétale. Connue sous le nom de biomasse de chanvre usée, ce résidu peut conserver des protéines, des fibres, des minéraux, des acides gras et des cannabinoïdes même après l’extraction. La plupart d’entre eux a actuellement une valeur commerciale limitée et peut être composté, stocké ou éliminé.

Trouver un autre marché pour ce matériau pourrait améliorer la rentabilité du traitement du chanvre tout en réduisant les déchets agricoles. L’alimentation du bétail représente une destination possible, notamment lorsque les ingrédients d’alimentation conventionnels deviennent coûteux ou difficiles à obtenir. Cependant, introduire la biomasse de chanvre dans la chaîne alimentaire soulève des questions concernant la santé animale, la productivité, la qualité de la viande et les cannabinoïdes résiduels.

Une nouvelle étude1 publiée dans Poultry Science offre l’une des analyses les plus claires de ces compromis chez le poulet. Les chercheurs ont constaté que la biomasse de chanvre usée pouvait être incorporée aux régimes de poulets de chair à une concentration relativement faible sans compromettre la croissance ou la qualité de la viande. Une fois la concentration atteinte à 10 % ou plus, les inconvénients ont toutefois commencé à l’emporter sur les bénéfices potentiels.

Pourquoi les déchets de chanvre sont envisagés comme alimentation animale

La biomasse de chanvre usée est principalement composée du matériel foliaire et floral restant après l’extraction de cannabinoïdes tels que le CBD. Bien que les composés les plus commercialement désirables aient déjà été retirés, la biomasse résiduelle n’est pas dépourvue de valeur nutritionnelle.

Des recherches antérieures ont montré que la biomasse de chanvre usée peut présenter un profil nutritionnel comparable à celui du luzerne. Elle pourrait donc constituer un ingrédient d’alimentation à moindre coût, surtout dans les régions où le chanvre est transformé à proximité d’opérations d’élevage. Une réutilisation locale pourrait réduire les besoins d’élimination et les distances de transport tout en offrant aux transformateurs de chanvre une source de revenus supplémentaire.

Ce concept reflète un effort plus large visant à développer des systèmes alimentaires durables et circulaires. Au lieu de considérer le produit extrait principal comme la seule sortie précieuse de la plante, les transformateurs peuvent chercher des utilisations appropriées pour chaque matériau restant. Des recherches récentes sur la biomasse de chanvre sous‑utilisée ont également identifié des applications possibles dans l’emballage, les revêtements, les produits agricoles et d’autres matériaux renouvelables.

L’alimentation animale représente un cas d’utilisation particulièrement exigeant. Un matériau peut être nutritif isolément mais néanmoins perturber la digestion, le métabolisme, la croissance ou les caractéristiques de la viande et d’autres produits animaux. Le CBD et le THC résiduels soulèvent également des questions de sécurité alimentaire et de réglementation qui n’existent pas lorsque la même biomasse est utilisée dans des matériaux de construction ou du compost.

Comment les chercheurs ont testé la biomasse de chanvre usée chez les poulets

L’étude a porté sur 200 poussins Cobb‑500 âgés de cinq jours. Les oiseaux ont été répartis dans 20 enclos et assignés à l’un des quatre régimes à base de maïs et de soja pendant 42 jours. Leur alimentation contenait soit 0 %, 5 %, 10 % ou 20 % de biomasse de chanvre usée.

Les régimes ont été conçus pour être isocaloriques et isonitrogénés, ce qui a permis aux chercheurs de comparer les effets de l’inclusion de chanvre sans donner intentionnellement à un groupe plus d’énergie ou de protéines qu’à un autre. La consommation d’aliments, le poids corporel et le taux de conversion alimentaire ont été suivis pendant l’essai. Les chercheurs ont également évalué les caractéristiques de la carcasse, la qualité de la viande de poitrine, la composition en acides gras, les organes internes, l’expression génique du tissu adipeux et le corticostérone déposé dans les plumes.

Le corticostérone des plumes a été inclus comme mesure potentielle du stress chronique. Contrairement à un échantillon sanguin, qui peut refléter une réponse à court terme à la manipulation, les hormones incorporées dans les plumes en croissance peuvent fournir des informations sur l’exposition sur une période plus longue.

Biomasse de chanvre usée Résultat principal de l’étude
0 % Régime témoin utilisé comme référence
5 % Aucun effet indésirable sur la performance mesurée, la qualité de la viande ou le profil nutritionnel
10 % Performance de croissance réduite et conversion alimentaire plus faible
20 % Performance moindre, viande plus ferme, métabolisme des graisses altéré et corticostérone des plumes plus élevée

Cinq pour cent s’est avéré être le seuil pratique

Les oiseaux ont continué à consommer leur alimentation quel que soit le pourcentage de biomasse de chanvre usée qu’elle contenait. Cela est important car cela suggère que le refus total de l’aliment n’a pas été à l’origine des résultats plus défavorables à des concentrations plus élevées.

Le régime à 5 % n’a pas réduit le poids corporel ni détérioré la conversion alimentaire, la qualité de la viande ou le profil nutritionnel de la viande de poitrine. Sur la base de ces mesures, les chercheurs ont conclu qu’un taux d’inclusion allant jusqu’à 5 % pouvait être envisageable pour les poulets de chair.

Cette conclusion nécessite quelques réserves. Les trois groupes nourris au chanvre ont présenté davantage de « vent pâteux » que le groupe témoin. Le vent pâteux se produit lorsque du matériel fécal s’accumule autour du cloaque du poussin et peut être associé à une perturbation digestive. Les chercheurs ont proposé que des changements du microbiote intestinal pourraient être impliqués, mais ils n’ont pas analysé le microbiome. La cause biologique reste donc incertaine.

Les résultats ne doivent pas être interprétés comme la preuve que les producteurs peuvent commencer à remplacer 5 % de l’alimentation commerciale de volaille par n’importe quel résidu de chanvre disponible. La biomasse usée peut varier selon la variété de chanvre, les parties de la plante, la méthode d’extraction, les conditions de stockage, la composition nutritionnelle et la quantité de cannabinoïdes résiduels. Une concentration sûre pour un lot standardisé ne se transposera pas nécessairement à un produit matériellement différent.

Des concentrations plus élevées réduisent la performance avicole

Les régimes à 10 % et 20 % ont produit un taux de conversion alimentaire plus faible au cours des trois premières semaines du traitement. La conversion alimentaire mesure l’efficacité avec laquelle un animal transforme l’aliment en masse corporelle. Un taux plus élevé signifie qu’il faut plus d’aliment pour obtenir la même croissance, affectant directement l’économie et l’empreinte environnementale de la production avicole.

Comme la consommation d’aliment n’a pas diminué, les poulets consommaient l’aliment mais l’utilisaient moins efficacement. L’étude suggère plusieurs explications possibles, notamment la teneur en fibres de la biomasse, l’équilibre minéral, les cannabinoïdes résiduels et les interactions entre ces composants.

L’effet négatif était le plus prononcé dans le groupe à 20 %. À la fin de l’essai, ces oiseaux présentaient des muscles de poitrine plus petits et des concentrations plus faibles de triglycérides et d’acides gras totaux dans le tissu de la poitrine. Les poids relatifs du foie et du cerveau ont également augmenté à mesure que l’inclusion de chanvre augmentait, bien que l’absence d’analyse histologique ait empêché les chercheurs de déterminer si ces changements reflétaient des lésions tissulaires ou une autre adaptation physiologique.

La distinction pratique est simple. Un sous‑produit ne rend pas l’alimentation plus durable si les agriculteurs doivent en utiliser davantage pour produire moins de viande. Toute économie environnementale découlant de la diversion des déchets pourrait être compensée par une moindre efficacité alimentaire, des exigences de production plus longues ou un rendement commercialisable réduit.

Un excès de biomasse de chanvre a modifié la viande

Une inclusion élevée a affecté plus que la taille des oiseaux. La viande de poitrine est devenue progressivement plus jaune à mesure que la concentration de biomasse de chanvre usée augmentait. Les traitements à 10 % et 20 % ont également présenté une perte de jus plus importante, indiquant une capacité réduite à retenir l’eau après la transformation.

Les oiseaux recevant le régime à 20 % ont produit une viande de poitrine avec une force de cisaillement plus élevée, ce qui signifie qu’elle était moins tendre. Ce groupe présentait également des proportions plus faibles d’acides gras insaturés et des proportions plus élevées de certains acides gras saturés et d’origine bactérienne que les oiseaux recevant des concentrations de chanvre plus faibles.

Les changements détectés dans le tissu adipeux abdominal ont confirmé l’idée que la dose la plus élevée affectait la façon dont les poulets métabolisent les graisses. Les gènes impliqués dans le transport et l’oxydation des acides gras sont devenus plus actifs chez les mâles recevant le régime à 20 %. Cette réponse spécifique au sexe illustre pourquoi un ingrédient d’alimentation ne peut être évalué uniquement en examinant l’appétit ou le poids final.

À des concentrations élevées, la biomasse de chanvre usée a affecté plusieurs systèmes connexes:

  • Conversion alimentaire et poids corporel final
  • Rendement du filet, tendreté, couleur et rétention d’eau
  • Déposition d’acides gras et métabolisme lipidique
  • Corticostérone des plumes comme indicateur possible de stress chronique

La tolérance animale ne résout pas la sécurité alimentaire

La question non résolue la plus importante concerne les résidus de cannabinoïdes. Les chercheurs n’ont pas mesuré le CBD ou le THC dans les tissus comestibles, bien qu’ils reconnaissent que cette information est essentielle à l’approbation réglementaire. Ils ont également estimé l’ingestion de CBD à partir de mesures antérieures de la biomasse plutôt que de mesurer sa concentration dans les régimes finalisés.

Les recherches menées chez diverses espèces d’élevage ont produit des résultats mitigés quant à la transmission des cannabinoïdes dans la viande, le lait, les graisses ou les œufs. Une revue de 2026 sur le chanvre dans l’alimentation du bétail indique que les résultats dépendent de l’animal, du produit de chanvre, de la dose, du tissu et de la période de retrait. L’absence d’effet sanitaire évident chez un animal n’établit pas que les aliments provenant de cet animal respectent les limites de résidus acceptables.

La biomasse de chanvre usée diffère également du tourteau de graines de chanvre. Le tourteau de graines de chanvre provient du traitement des graines pour l’huile, tandis que la biomasse usée provenant de l’extraction du CBD contient généralement des feuilles et des fleurs où les cannabinoïdes sont concentrés. L’Université d’État de l’Oregon indique que la biomasse de chanvre usée n’a pas été autorisée pour les animaux destinés à l’alimentation aux États‑Unis, même si le tourteau de graines de chanvre a reçu une voie définie pour être utilisé dans l’alimentation des poules pondeuses en 2025.

Cette distinction importe tant pour les régulateurs que pour les consommateurs. L’approbation d’un ingrédient dérivé du chanvre n’établit pas automatiquement la sécurité d’un autre. Chaque matériau nécessite une composition définie, une norme de fabrication, une espèce cible, un taux d’inclusion maximal et des preuves traitant des résidus dans les aliments humains.

Un marché potentiel qui nécessite une normalisation

L’apport le plus utile de l’étude n’est pas simplement que 5 % a fonctionné tandis que 20 % n’a pas fonctionné. Elle montre que la biomasse de chanvre usée se comporte comme un ingrédient d’alimentation fonctionnel avec un effet biologique dose‑dépendant, et non comme une source interchangeable de fibre végétale générique.

La commercialisation exigerait que les transformateurs produisent un matériau cohérent. La variabilité de l’extraction des cannabinoïdes pourrait laisser un lot avec nettement plus de CBD ou de THC qu’un autre. L’humidité, la contamination, la densité nutritionnelle et la taille des particules devraient également être contrôlées. Les fabricants d’aliments auraient alors besoin de tests fiables et d’étiquetage afin que les taux d’inclusion puissent être calculés avec précision.

Des essais supplémentaires devraient mesurer les concentrations de cannabinoïdes dans l’aliment préparé et les tissus comestibles, analyser le microbiome intestinal, examiner histologiquement les organes et évaluer si une période de retrait réduit les résidus. Des études plus vastes menées dans des conditions de production commerciale seraient également nécessaires pour confirmer si le seuil apparent de 5 % tient compte de différents oiseaux et sources de biomasse.

La biomasse de chanvre usée pourrait éventuellement offrir aux producteurs de cannabinoïdes un marché secondaire significatif tout en aidant les exploitations avicoles à se procurer des nutriments locaux. Cette étude montre que le concept a du mérite, mais elle trace également une limite claire autour de l’opportunité. Une incorporation à faible dose pourrait s’avérer utile. Traiter les déchets de chanvre comme un substitut d’alimentation en vrac pourrait sacrifier la productivité, la qualité de la viande et le bien‑être animal au nom de la durabilité.

Références:

1. Parker, N. B., Hermes, J., Irawan, A., Pearce, C., Ferschweiler, D., Ates, S., & Bionaz, M. (2026). Biomasse de chanvre usée dans les régimes de poulets de chair: effets sur la performance, la qualité de la viande, l’expression des gènes dans le tissu adipeux interne et le corticostérone dans les plumes. Poultry Science, Article 107692. https://doi.org/10.1016/j.psj.2026.107692

Patricia est une personne amoureuse de la danse, folle des animaux, avec une passion pour répandre le mot sur les avantages incroyables du CBD. Lorsqu'elle n'est pas occupée à danser sur ses airs préférés, vous pouvez la trouver en train de rechercher toutes les façons dont le CBD peut améliorer notre vie.