Règlementation
Pourquoi la légalité du cannabis médical ne garantit pas l’accès

Le Brésil et la Colombie ont tous deux ouvert des voies légales d’accès au cannabis médical. Ils ont aussi montré que la modification de la loi n’est qu’un début. Un patient a besoin d’une prescription, d’un produit disponible et de moyens de le payer. Un producteur a besoin d’une autorisation, d’une capacité de production et d’un acheteur disposé à acquérir sa récolte. La législation ne relie ces étapes que si le système qui les entoure fonctionne.
Une nouvelle étude, « Légalisation sélective : comment la réglementation du cannabis médical façonne les marchés au Brésil et en Colombie », examine l’évolution de ces systèmes.1 Publiée dans l’International Journal of Drug Policy, elle compare les réformes menées de 2014 au 1er août 2026 et montre comment les pays cherchant à faciliter l’accès médical ont autorisé différentes activités selon des calendriers distincts.
Les possibilités concrètes sont importantes. Comprendre où s’arrête l’autorisation et où commence la participation permet aux responsables publics de mieux cibler leur action : élaborer des règles qui aident les patients à accéder aux traitements et permettent aux producteurs qualifiés d’exercer leur activité de manière viable.
Comment la réglementation du cannabis médical façonne le marché
L’auteur, Paulo José dos Reis Pereira, qualifie ce processus de « légalisation sélective ». Les pouvoirs publics reconnaissent certains usages, produits et types d’activité, tout en en interdisant d’autres ou en les autorisant de façon plus limitée.
Cette distinction est importante, car le cannabis ne relève pas d’une seule activité commerciale. La culture des plantes, l’extraction des cannabinoïdes, la fabrication de médicaments, l’importation de produits et la délivrance de prescriptions nécessitent des autorisations distinctes. L’ouverture d’un maillon de la chaîne n’entraîne pas automatiquement celle des autres.
L’étude s’appuie sur l’analyse de documents et sur une comparaison structurée des deux pays. Elle examine les activités autorisées, les voies de participation, les ressources requises et les liens avec les marchés internationaux. Elle ne mesure pas si une réforme particulière a entraîné une baisse des prix ou une amélioration des résultats de santé.
Sa principale conclusion est néanmoins concrète : l’ordre dans lequel les pouvoirs publics autorisent les activités contribue à façonner les entreprises et les voies d’accès qui se développent autour d’elles.
La Colombie a d’abord développé la production, avant d’élargir les possibilités offertes aux patients
La Colombie a mis en place relativement tôt des voies permettant la culture, la transformation et le commerce extérieur. Les entreprises ont ainsi pu développer des infrastructures de production et prospecter des acheteurs à l’étranger. L’accès des patients au marché intérieur a, lui, été soumis aux exigences pharmaceutiques et réglementaires du secteur de la santé.
Selon l’étude, environ 76 % du cannabis reçu pour fabriquer des dérivés entre 2017 et juillet 2025 était déclaré comme destiné à l’exportation. Ce chiffre indique la destination prévue, et non la quantité effectivement expédiée à l’étranger.
De même, les registres administratifs faisaient état de 1 342 licences classées comme actives, prorogées ou renouvelées en juin 2026, détenues par 877 personnes ou organisations, après normalisation des noms des titulaires par le chercheur. Ces registres ne permettaient pas d’établir combien de titulaires produisaient ou vendaient effectivement.
Pour les lecteurs qui suivent le cadre colombien régissant le cannabis médical, cette distinction est essentielle. Un pays peut autoriser une importante capacité de culture tout en continuant à développer les circuits permettant aux patients du pays d’obtenir des produits.
En 2025, la Colombie a reconnu la fleur de cannabis comme un produit médicinal fini, élargissant ainsi les possibilités légales. Toutefois, l’étude n’a pas pu évaluer les effets de la mise en œuvre de cette mesure sur l’accès des patients ou sur les petits producteurs.
Le Brésil a élargi l’accès grâce aux importations et aux pharmacies
Le Brésil a suivi une autre trajectoire. Les importations individuelles et les produits vendus en pharmacie se sont développés, tandis qu’une autorisation administrative générale pour la culture sur le territoire national est restée inaccessible pendant une grande partie de la période étudiée.
Dans le cadre réglementaire antérieur applicable aux pharmacies, les entreprises pouvaient fabriquer au Brésil des produits autorisés, mais dépendaient d’intrants dérivés du cannabis importés. Des patients et des associations ont également demandé aux tribunaux de protéger la culture sur le territoire national, créant ainsi d’autres voies d’accès, soumises à des exigences et à des degrés de certitude juridique différents.
L’activité administrative a atteint une ampleur considérable. Anvisa, l’autorité sanitaire brésilienne, a accordé plus de 600 000 autorisations d’importation entre 2015 et 2025, dont plus de 190 000 en 2025. Ces autorisations ne correspondaient pas nécessairement à autant de patients distincts ni à des achats effectivement réalisés.
Comme l’explique MyCannabis dans son guide actualisé sur la législation brésilienne sur le cannabis, l’accès médical relève de différentes catégories réglementaires. Une importation exceptionnelle à usage personnel et un produit autorisé à la vente en pharmacie ne doivent pas être considérés comme des autorisations équivalentes.
Les associations brésiliennes comptent également dans le tableau économique. L’étude décrit des organisations qui associent production, réseaux de soins, accompagnement médical et aide juridique. Évaluer leur rôle uniquement en fonction du volume de produits ferait passer sous silence certains des services qui facilitent l’accès.
Ce que l’étude établit sur l’accès au cannabis
La comparaison ci-dessous s’appuie entièrement sur l’étude et porte sur la période étudiée ; elle ne constitue pas un bilan complet de la mise en œuvre ultérieure.
| Dimension | Colombie | Brésil |
|---|---|---|
| Chronologie réglementaire | Autorisation précoce de la culture, de la transformation et du commerce extérieur | Développement des importations individuelles et des produits disponibles en pharmacie avant l’entrée en vigueur des règles générales de culture |
| Liens internationaux | Production liée aux marchés et aux entreprises étrangers | Les voies d’accès administratives reposaient sur des produits ou des intrants étrangers |
| Conditions de participation | Capital, infrastructures, conformité réglementaire et accès aux acheteurs | Ressources d’achat, conformité réglementaire ou protection judiciaire, selon la voie suivie |
| Limites des données disponibles | Les licences ne démontraient pas qu’il y avait effectivement production ou vente | Les autorisations d’importation ne permettaient pas d’établir le nombre de patients distincts ni celui des achats |
Les réformes d’août au Brésil changent la donne
La date butoir du 1er août retenue dans l’étude est importante. Les principales résolutions brésiliennes sur la culture sont entrées en vigueur le 4 août 2026. Il ne faut donc pas présenter le constat historique selon lequel il n’existait pas de voie générale de culture en vigueur comme s’il décrivait encore la situation actuelle du pays.
Les directives ultérieures de l’Anvisa sur la mise en œuvre de la culture précisent les exigences applicables aux entités juridiques qui mènent des activités autorisées à des fins médicinales, pharmaceutiques et de recherche. La culture nécessite une autorisation spéciale préalable et le respect des autres exigences applicables. Le cadre de production à des fins médicinales couvre les variétés contenant au maximum 0,3 % de THC.
Par ailleurs, les directives actualisées de l’Anvisa sur les produits à base de cannabis portent sur le cadre de fabrication et d’importation entré en vigueur en mai.
Ces changements ouvrent la voie à une chaîne d’approvisionnement nationale plus développée. Pour déterminer s’ils permettent de réduire les coûts, d’assurer un approvisionnement fiable ou d’élargir la participation, il faudrait disposer de données sur leur mise en œuvre, que l’étude ne fournit pas.
Pourquoi les petits producteurs ont besoin de plus qu’une licence
L’exemple hypothétique d’un petit producteur illustre le décalage. L’obtention d’une licence de culture peut lever le premier obstacle juridique. L’entreprise a encore besoin de financement, de services d’analyse, d’installations adaptées, de solutions de transformation et d’un acheteur. Si ces éléments ne sont disponibles qu’à des moments différents, l’autorisation peut entraîner des dépenses avant de générer des revenus.
Cela soulève une question pratique de politique publique qui va au-delà du nombre de licences : les mesures de soutien sont-elles adaptées à l’étape où les producteurs rencontrent réellement des difficultés ?
Des services d’analyse partagés, des indications plus claires sur les demandes et des accords d’achat crédibles sont autant de pistes qui méritent d’être évaluées. Leur intérêt dépendrait de leur capacité à réduire les coûts sans affaiblir les normes applicables aux produits. L’étude n’évalue pas ces mesures, mais la distinction qu’elle établit entre autorisation et participation explique pourquoi elles méritent qu’on s’y intéresse.
Dans sa mise à jour de mars 2026 sur la participation des petits producteurs dans le nord du Cauca, le gouvernement colombien a reconnu les difficultés de mise en œuvre. Les responsables ont évoqué un dialogue et proposé des ajustements réglementaires destinés à soutenir les petits producteurs et leur transition vers les marchés réglementés. Cela témoigne d’un effort de mise en œuvre, et non de la preuve que l’inclusion est déjà réalisée.
Évaluer l’ensemble du parcours d’accès des patients
Le même raisonnement s’applique aux patients. Le prix affiché d’un produit n’est qu’un élément de l’accès. Les consultations, les démarches administratives, la livraison, les déplacements et le renouvellement des ordonnances peuvent également coûter du temps et de l’argent.
Une prolongation utile de l’étude consisterait donc à mesurer tout le parcours, de la recherche d’un traitement à l’obtention d’un nouvel approvisionnement. Deux systèmes pourraient proposer des produits à des prix similaires tout en imposant des contraintes pratiques très différentes.
La continuité mérite une attention particulière. Un premier achat montre que l’accès a été possible une fois. La délivrance régulière de renouvellements constitue un indice plus solide de la capacité d’une voie d’accès à assurer la continuité des soins. Ni l’un ni l’autre ne permet d’établir l’efficacité clinique, qui nécessite des données distinctes.
La production nationale pourrait contribuer à diversifier l’approvisionnement, mais la culture locale ne peut à elle seule garantir l’accessibilité financière. La transformation, les analyses, la distribution et les marges commerciales influent toujours sur le prix final. Les importations peuvent également offrir des options utiles. L’objectif des politiques publiques devrait être de garantir un accès fiable à des produits soumis à des contrôles de qualité, et de s’appuyer sur des données montrant quels dispositifs permettent d’y parvenir.
Trois évolutions à suivre dans la réforme du cannabis médical
L’étude fournit aux autorités de réglementation, aux entreprises et aux organisations de patients une grille d’évaluation plus utile que le simple décompte des nouvelles autorisations. Trois évolutions permettront de déterminer si la prochaine étape porte ses fruits :
- Vérifier si les nouvelles autorisations de culture débouchent sur une production durable et des ventes effectives, y compris chez les petits producteurs.
- Vérifier si les patients obtiennent régulièrement leurs produits, à un coût total abordable et avec moins de retards administratifs.
- Vérifier si les rapports publics distinguent les licences, les achats, les patients distincts et la production effective.
Le Brésil et la Colombie montrent que la réforme du cannabis médical peut continuer à progresser après une première avancée législative. Il sera plus facile de reconnaître la prochaine avancée lorsque les gouvernements mesureront ce que les personnes peuvent réellement obtenir et accomplir grâce aux systèmes qu’ils mettent en place.
Références :
1 Pereira, P. J. dos R. (2026). Légalisation sélective : comment la réglementation du cannabis médical façonne les marchés au Brésil et en Colombie. International Journal of Drug Policy, 158, 105574. https://doi.org/10.1016/j.drugpo.2026.105574












